Le social-chauvinisme

et son avatar Jacques Jurquet.


Nous voulons ici parler d'un phénomène important concernant le communisme en France.


Il s'agit du phénomène de révision historique du passé afin de justifier une position politique aujourd'hui.


Celle du social-chauvinisme, notamment. Qui fait l'apologie de la nation française sous prétexte de s'opposer à l'Europe libérale. Qui est à la remorque de la « politique arabe » de la France sous prétexte de s'opposer à l'impérialisme nord-américain.


Pour se justifier, les sociaux-chauvins doivent puiser dans le passé, et ainsi justifier des positions prises dans le passé, quitte à les trafiquer pour prouver qu'elles ont toujours été valables.


C'est par exemple le cas avec la mise en valeur de Jacques Jurquet et des positions sociales-chauvines.


Ancien responsable marxiste-léniniste des années 1960 et ainsi opposant au « PCF » qualifié de révisionniste, Jacques Jurquet publie aujourd'hui son autobiographie... dans une officine du « PCF ».


Afin d'aider à la nouvelle « virginité » révolutionnaire d'un nouveau « PCF ».


Qui est Jacques Jurquet ?


Jacques Jurquet est l'un des principaux fondateurs du Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France, dans les années 1960.


Il a été l'un des chefs de file des gens qui dans le Parti Communiste Français ont refusé d'abandonner le marxisme-léninisme et Staline, et ont défendu Mao Zedong.


Ce ne sont pas des gens qui ont considéré que Mao Zedong a apporté des choses nouvelles au communisme.


Jurquet a affirmé pourtant cela autour des années 1968, pour être en phase avec la jeunesse, mais uniquement pour mieux le rejeter, allant jusqu'à falsifier ses propres textes, comme nous le verrons.


Naturellement aujourd'hui Jurquet cache cela, comme il le cachait dans les années 1970. Il cache qu'il a défendu la révolution culturelle comme phare mondiale et expérience nouvelle et universelle.


Dans son autobiographie, il souligne que sa motivation a été la question internationale et le refus du PCF de se confronter aux thèses chinoises.


En aucun cas il s'agit d'une défense des thèses spécifiques de Mao Zedong, comme la guerre populaire, la ligne de masse, la révolution culturelle.


« Mais ici, il est très important de faire une mise au point. Cette adhésion signifiait-elle que je tenais la stratégie et la tactique du Parti communiste chinois comme applicable universellement, et plus spécialement en France ?


Rien ne serait plus stupide et dogmatique que de supposer un seul instant que tel était le fond de mon engagement.


Si je considérais comme parfaitement valables les explications fournies sur le plan international, opposé aux graves erreurs alors commises par les communistes soviétiques et tous les partis du monde entier à leur remorque, je ne pensais absolument pas que l'expérience de la Révolution chinoise était susceptible d'être appliquée au cas de la France et de nombreux autres pays » (Jacques Jurquet, A contre-courant, p.22, éditions Le Temps des Cerises, 2001)


Il écrit cela, alors qu'après 1968 il a été obligé d'écrire que:


« Ainsi notre peuple, notre pays sont-ils entrés dans « l'ère de la pensée triomphante de Mao Tsé-toung. » Un homme nouveau est en train de naître, un homme véritablement communiste, parce que l'influence de la grande révolution culturelle prolétarienne chinoise a débordé les frontières géographiques de la Chine et se répand de façon bénéfique dans le monde entier. » (Le Printemps révolutionnaire de 1968)


Ce qui, on le voit bien, est très différent !


A l'opposé de Jurquet, les étudiants ayant fondé l'UJCML et refusant le PCMLF partent des principes maoïstes. Le titre de leur document le plus important est significatif: « Edifions en France un Parti communiste de l'époque de la révolution culturelle ».


A l'opposé des gens du PCMLF pressé pour fonder le Parti, l'UJCML s'appuyait dans ce texte sur le principe maoïste de la ligne de masse:


« Une centralisation trop rapide du mouvement dans son ensemble, alors qu'il n'aurait pas enfoncé ses racines dans chaque détachement du peuple, reviendrait à généraliser hâtivement une expérience partielle déterminée, à tenter de plaquer des formes d'organisation et des bribes de ligne nées dans une petite fraction du peuple sur la lutte de classes dans son ensemble. »


Jurquet rejetait l'universalité de la révolution culturelle, bien que juste après 1968 il a dû défendre le point de vue maoïste, quitte à falsifier plus tard ces mêmes textes.


Mais avant 1968 il ne cache pas sa position fermement opposé à l'UJCML:


« Si nous nous arrêtons si sérieusement sur les positions de l'UJC ml, c'est qu'elles nous offrent aussi l'occasion de préciser dialectiquement les nôtres.


Ainsi en va-t-il encore de la conception du Parti, que ces militants voudraient « de l'époque de la Révolution Culturelle » alors que nous l'entendons quant à nous de l'époque de la Pensée de Mao Tsé-toung, ce qui ne comporte évidemment pas en France et en 1967 le même contenu immédiat. »

Rapport politique du camarade Jacques Jurquet, présenté au premier congrès du PCMLF, l'Humanité nouvelle, 8 février 1968 (n°88) et 15 février 1968 (n°89)


« En fait la critique fondamentale que nous faisons à l'UJC ml, c'est de n'avoir pas rejeté de manière décisive toutes les erreurs révisionnistes de l'U.E.C., notamment dans le domaine des principes d'organisation.


La création d'organisation non prolétariennes et non intégrées dans les couches prolétariennes autrement que par des rapports de sommet consacre une violation des principes de classe sur le plan de l'organisation.


Une organisation exclusivement petite-bourgeoise, même si elle prétend se ranger sur des positions prolétariennes, reste une organisation petite-bourgeoise.


Il n'est pas surprenant que l'UEC, création de ce genre décidée par les dirigeants révisionnistes du Parti Communiste Français, aie complètement dégénéré en tendances, groupes, fractions, côteries et se soit pratiquement désagrégée d'année en année. Il ne pouvait en être autrement. »

Rapport politique du camarade Jacques Jurquet, présenté au premier congrès du PCMLF, l'Humanité nouvelle, 8 février 1968 (n°88) et 15 février 1968 (n°89)


« Ils entendent développer une « ligne de masse » sur différentes questions, en particulier en ce qui concerne le soutien politique à apporter au peuple vietnamien et, dans de domaine ils ont remporté quelque succès.


Mais, pour nous, quelle ligne de masse peut donc exister si nous ne commençons d'abord par implanter une organisation, un Parti prolétarien, Parti de classe, seul capable de diriger des organisations de masse dans lesquelles les plus larges couches laborieuses viennent se regrouper autour et sous la direction de la classe ouvrière.


En dehors d'une direction prolétarienne des masses, de quelle « ligne de masse » peut-il donc être question ?  »

Rapport politique du camarade Jacques Jurquet, présenté au premier congrès du PCMLF, l'Humanité nouvelle, 8 février 1968 (n°88) et 15 février 1968 (n°89)


Il le rappelle également dans son autobiographie:


« Je considérais que l'essor des groupes gauchistes était la conséquence directe du vide laissé par le Parti communiste français dans des secteurs entiers où il aurait pu et dû être présent. La faillite du révisionnisme moderne s'affirmait chaque jour davantage. » (A contre-courant, p.147)


La révolution culturelle, Jurquet n'en veut pas et ne la considère pas comme changeant le cours du temps.


Pour lui l'histoire s'arrêtait avant, comme le montre son point de vue sur la principale cible de la révolution culturelle, Deng Xiao Ping:


« Par delà ses désaccords avec Mao, l'ex-secrétaire général du Parti communiste chinois restait à nos yeux un ancien de la longue marche. » (A contre-courant, p.176)


Pour Jurquet les choses restent immuables, il n'y a pas avancée ou recul de la révolution. La Chine est socialiste, et puis c'est tout.


La révolution culturelle n'aura été qu'un aléa de l'histoire chinoise.


L'une de ses principales cibles était donc les étudiants de l'UJCML et plus tard la Gauche Prolétarienne, accusés de vouloir tirer des leçons pour la France de la révolution culturelle.


Jacques Jurquet, le PCF, le PCMLF.


Il y a quelque chose de déconcertant à voir que celui qui se voulait le responsable du premier « concurrent » du « PCF » publie aujourd'hui son autobiographie dans une maison d'édition très proche du « PCF. » 


Pourquoi cela ? Et pourquoi les rapports cordiaux existant aujourd'hui entre Jacques Jurquet et des responsables de l'opposition de gauche interne au PCF ?


Un « PCF » que Jurquet préserve dans son autobiographie de toute attaque trop véhémente. Il rappelle qu'il a tenté un rapprochement avec le « PCF », quitte à ce que le PCMLF abandonne son statut de « Parti de la classe ouvrière »:


« Aux injures des membres de leur Comité central nous devions riposter par des arguments, par des critiques, sans nous départir du calme indispensable seul susceptible de nous faire écouter.


Pour ces raisons je rédigeai une « Lettre fraternelle adressé aux militants de base, sympathisants et électeurs du parti communiste français, à tous les travailleurs qui (croyaient) encore à des changements possibles par la voie pacifiques des urnes.


Je soumis mon texte au Bureau politique clandestin de mon organisation, et le fis signer par « des militants qui (avaient) fondé en décembre 1967 le parti communiste marxiste-léniniste de France interdit le 12 juin 1968. » (A contre-courant, p.158)


Aux membres de l'UJCML Jurquet exigeait qu'ils abandonnent leur position gauchiste pour rejoindre « le seul vrai parti communiste », mais tel n'était pas sa position vis-à-vis des membres du « PCF » !


Un « PCF » qui reste, au final de l'autobiographie de Jurquet, « le » Parti.


Car la tentative de construire le PCMLF a échoué, il le dit lui-même.


La faute ?


Non pas au PCMLF, à sa pratique ou sa théorie. Non, la faute en revient à... la réalité elle-même.


« Sans doute les temps n'étaient pas encore venus pour la réussite d'une telle entreprise de redressement des partis communistes dans le monde et en France tout particulièrement. » (A contre-courant, p.103)


Voilà pourquoi l'autobiographie paraît dans une maison d'édition liée au « PCF » !


Afin que Jurquet vienne apporter une légitimité « marxiste-léniniste » au conglomérat que doit être le nouveau « PCF » !


Jurquet affirmant qu'il n'était pas possible d'avoir un parti révolutionnaire dans les années 1970, affirmant que les Chinois ont expliqué cette thèse et qu'il faut laisser passer le temps, rejetant les partisans de Mao comme « gauchistes », voilà ce dont les sociaux-chauvins ont besoin !


Ce dont ils ont besoin, c'est d'un Jurquet, figure historique fournissant un bagage théorique, disant:


« Je comprenais que le gouvernement conservateur de la France demeurait un ennemi de classe des travailleurs, mais j'admettais qu'il lui arrivait de s'opposer aux deux super-grands en différentes circonstances précises.


La France réactionnaire n'avait-elle pas reconnu la République populaire de Chine et le général De Gaulle lui-même n'avait-il pas dû accorder l'indépendance à l'Algérie, certes sous la pression irrésistible de la guerre révolutionnaire de libération nationale soutenue au prix de sacrifices immenses par le peuple de l'ancienne colonie ?  » (A contre-courant, p.176)


Le social-chauvinisme justifié par la théorie des trois mondes.


Dans les années 1970 Jurquet défendait la Chine, le « PCF » l'URSS. Mais l'URSS n'existant plus, pourquoi ne pas reprendre les thèses chinoises justifiant une position chauvine, contre les Etats-Unis d'Amérique par exemple ?


Les nouveaux révisionnistes ne s'en privent pas.


Comme par exemple la Fédération Nationale des Associations pour la Renaissance Communiste devenu le Pôle de Renaissance Communiste en France.


Le pôle se veut républicain, assume les couleurs bleu blanc rouge, est ouvert à tous... ou presque : «  Ne sont pas admis les membres de partis ne se réclamant pas du communisme ainsi que les membres de groupes gauchistes. »


Parmi ses objectifs : « Défendre les conquêtes sociales et démocratiques au premier rang desquelles la souveraineté nationale qui doit être restaurée contre le patronat et les gouvernements qui le servent quelle que soit leur étiquette (...), le rassemblement populaire contre l'Europe supranationale voulue par le grand capital. »


« Le combat pour les revendications immédiates inscrites dans la perspective du socialisme en France et dans chaque pays a une dimension anti-impérialiste mondiale et européenne. »


Les valeurs du pôle sont le monde du travail, la république, la laïcité et la paix. A cela s'ajoute la « nation. »


Il va de soi qu'avec de tels critères on ne saurait parler de communistes. De toutes manières le pôle ajoutant la révolution française à ses références, il se situe déjà en dehors du terrain du marxisme.


La démarche du pôle est sociale-chauvine, elle vise à donner à la France le même statut que celui des pays opprimés.


Cette position rejoint celle de Beaulieu.


Beaulieu était comme Jurquet un des premiers marxistes-léninistes. Il avait fondé le Centre Marxiste-Léniniste de France et appelé à soutenir De Gaulle par « anti-impérialisme » ; aujourd'hui on le retrouve proche du « PCF. » Rien d'étonnant.


Cette position rejoint également celle de Jurquet.


Qui lui justifie cela par la « théorie des trois mondes » prôné par les Chinois.


Cette théorie est de Deng Xiao Ping, qui a tenté de la faire passer pour venant de Mao Zedong elle-même.


Mais cette théorie est anti-dialectique. Elle divise le monde en trois, et pas en deux.


Car comme le dit Mao Zedong: « Un se divise en deux, voilà un phénomène universel, et c'est la dialectique. »


Que dit la théorie des trois mondes ?


Elle affirme qu'il y a un premier monde formé des superpuissances (Etats-Unis d'Amérique et URSS), un second monde forme de pays capitalistes (pays d'Europe, Canada, Japon), et le tiers-monde.


Cette théorie est là pour justifier l'alliance de la Chine de Deng Xiao Ping aux puissances impérialistes comme la France.


Jurquet cite dans son autobiographie une de ces excuses chinoises :


« Camarades, faites-nous confiance !


Actuellement nos forces demeurent insuffisantes pour que nous puissions aider efficacement tous les peuples du Tiers monde à se libérer définitivement de la domination impérialiste, actuellement nous ne sommes pas encore en état d'aider les prolétariats et les peuples du monde entier à réaliser vigoureusement leurs révolutions. Mais faites-nous confiance...


Nous allons accumuler toutes les forces nécessaires pour que demain la Chine socialiste soit une puissance où le peuple aura vaincu la pauvreté... » (A contre-courant, p.341)


Il va de soi qu'une telle affirmation n'a rien à voir avec l'internationalisme prolétarien.


On ne s'étonne pas du délire productiviste de Jurquet :


« Nous souhaitons que la Chine devienne une très grande puissance toujours socialiste. » (A contre-courant, p.366)


Un communiste qui appelle à la formation d'une très grande puissance !


Mais voyons en quoi la théorie des trois mondes est théoriquement anti-léniniste.


La conception léniniste de la question nationale se fonde sur le fait qu'en premier lieu, à l'ère de l'impérialisme, il existe une contradiction irréductible entre nations oppresseurs et nations opprimées.


Dans l'analyse de Deng Xiao Ping, le tiers-monde est victime d'une oppression venant de deux centres différents: le premier monde, et le second monde. Quelle est alors la différence qualitative essentielle entre le « premier monde » et le « second monde » ?


Le léninisme nous répond : aucune, c'est la même sorte d'impérialisme qui est à l'œuvre, à des degrés quantitatifs divers: c'est la loi du développement inégal.


Les contradictions entre « premier monde » et « second monde » ne sont rien d'autres que des contradictions inter-impérialistes, donc à l'intérieur d'un seul et unique monde : le monde des impérialismes.


À moins que le « premier monde » n'exploite aussi le « deuxième monde » ? Thèse curieuse dont les conséquences pratiques sont lourdes... Qui avait par exemple déjà été franchie par Mussolini avec sa théorie de l'Italie comme « nation prolétaire. »


Et que les sociaux-chauvins n'hésitent pas à franchir, aujourd'hui comme hier.


Par exemple avec tout le discours du PCMLF des années 1970 sur la nécessaire alliance avec la bourgeoisie pour sauver la nation française de l'URSS et du « PCF ».


Dans L'Humanité Rouge du 1er mai 1975, Jacques Jurquet et Henri Jour publient un article intitulé « Vive le 1er Mai 1975 » où l'on peut ainsi lire :


« Incapables désormais de s'opposer victorieusement à la formidable poussée du tiers monde, force principale et motrice des changements internationaux en cours, ces deux superpuissances [Etats-Unis d'Amérique et URSS] font de l'Europe l'enjeu principal de leur affrontement, dans leurs volontés respectives de s'approprier ses richesses stratégiques, économiques, technologiques, etc. »


« Cette question brûlante est posée aujourd'hui à tous les peuples d'Europe occidentale: à qui va profiter la crise générale du vieux capitalisme ? Au social-impérialisme russe qui dispose partout d'ores et déjà de "cinquième colonne" subversives ou aux prolétariat et masses populaires des pays intéressés ?  »


« D'autre part, dans nos pays européens, en France en particulier, les forces ouvrières, même dirigées par leurs partis marxistes-léninistes, sont-elles en mesure de s'opposer, seules, aux deux superpuissances ? Et plus spécialement à la plus dangereuse et la plus agressive, le social-impérialisme russe ?  »


« Le léninisme et la pensée Mao Tsé-toung enseignent la nécessité de compromis tactiques, c'est à dire temporaires.

C'est en ce sens, et compte tenu des riches expériences du mouvement révolutionnaire prolétarien, que les marxistes-léninistes de France, pour réaliser dans l'opposition et l'action contre les menées des deux superpuissances et de leurs agents dans notre pays, oeuvrent à la constitution d'un front uni, partie intégrante du "Front uni mondial" qui regroupe le tiers monde et le second monde où nous vivons. »


« Il serait tout aussi pernicieux soit de ne lutter que pour l'objectif central du moment, l'indépendance nationale, soit de ne lutter que pour l'objectif final de la révolution prolétarienne en n'impulsant que les luttes de classe.

Ces deux luttes restent indissociables, se conditionnent mutuellement, se renforcent réciproquement. »


« Voilà pourquoi, en ce premier mai 1975, les marxistes-léninistes appellent la classe ouvrière et le peuple de France à se préparer en prévision d'une guerre imminente, à se mobiliser idéologiquement et matériellement pour résister à l'agression étrangère, sous quelque forme qu'elle se précise, militaire ou économique, extérieure ou intérieure. »


« Voilà pourquoi en ce premier mai 1975, retentirons les justes mots d'ordre lancés par l'Humanité Rouge:

-Pour les revendications ouvrières, paysannes et populaires.

-Pour l'alliance loyale de la France avec le tiers monde.

-Pour l'indépendance nationale contre les superpuissances. »

L'alliance loyale avec la bourgeoisie, sous des prétextes d'impératifs nationaux.


Voilà la théorie de Deng Xiao Ping en Chine. Voilà la position de Jurquet en France.


Voilà ce qu'a prôné le « PCF » et la CGT défenseurs acharnés de l'indépendance énergétique et de l'armement, en alliance avec le social-impérialisme russe, le PCMLF préférant les Chinois.


Voilà aujourd'hui la position de sociaux-chauvins gravitant autour de la gauche du « PCF » en général, partisane d'un nationalisme agressif sous les prétextes de la « souveraineté nationale. »


Pour Jurquet la Chine est socialiste, comme Cuba l'est pour les révisionnistes en général.


L'Etat chinois d'aujourd'hui, qui se revendique haut et fort de Deng Xiao Ping, affirme que Mao Zedong a fait plein d'erreurs, rectifiées grâce à Deng Xiao Ping et sa théorie de « l'économie socialiste de marché. »


La révolution culturelle est considérée comme une chose négative, toutes les conquêtes des masses à ce moment-là ont été renversé au nom de l'efficience du capitalisme.


Partant de là Jurquet ne peut pas dire qu'il se revendique de Mao et qu'il considère aujourd'hui la Chine comme étant encore socialiste.


Pourtant, il le fait.


Le « Parti Communiste de Chine » reconnaît l'économie non publique comme essentielle, a « libéré » les prix, donné une grande autonomie aux entreprises dans tous les domaines, « libéré » les marchés et les commerces.


La Chine ne se revendique pas des idées de Mao, ni de sa pratique. Elle l'utilise comme icône nationale, comme icône de l'indépendance nationale.


Elle rejette tous les principes communistes. Aujourd'hui, les capitalistes se précipitent en Chine, du monde entier, pour investir dans un pays où les grèves sont réprimées dans une très grande violence.


De cela, Jacques Jurquet n'en a cure, car lui aussi se sert de Mao comme prétexte au social-chauvinisme.


Il reprend à son compte les arguments avancés par le « Parti Communiste de Chine »:


« Je m'intéresse beaucoup à la politique actuelle du Parti Communiste Chinois. Ici on la présente comme capitaliste -la bourgeoisie de tous les pays ne peut pas accepter de reconnaître que l'essor de la Chine s'effectue sous la direction du PCC, alors elle dit " c'est le capitalisme ! "- mais c'est une manière de contester ses résultats spectaculaires.


Le premier rôle de la chine reste de sortir de la précarité des centaines de millions de chinois(e)s. Le socialisme doit-il perpétuer la pauvreté ou la combattre ? Bien sûr que non. » (Interview aux Éditions Prolétariennes, novembre 2004)


Cette position de Jurquet sur la Chine excuse tout et n'importe quoi. Cette position « tiers-mondiste » est la même que ceux qui soutiennent Cuba, ou encore pour d'autres la Corée du Nord.


Elle est une répétition du concept opportuniste d' « Etat ouvrier dégénéré » des trotskystes, un justificatif pour ne pas exiger le meilleur du socialisme.


Qui se réclame de Mao doit se confronter à Mao.


Jacques Jurquet a été l'un des principaux dirigeants d'une organisation, le PCMLF.


Celle-ci est devenue social-démocrate. Il n'y a pas eu de scission révolutionnaire. Ce phénomène s'est passé au début des années 1980 sans qu'il n'y ait eu aucun événement en son sein.


Comment est-ce possible ? Dans l'interview aux Éditions Prolétariennes, Jurquet dit simplement qu'il y avait trop de petits-bourgeois qui avaient été intégré dans le parti, et que les autres dirigeants avaient magouillé.


C'est une excuse d'écolier. C'est pas moi, c'est lui !


Non seulement, comme dans son autobiographie, il n'y aucune autocritique à ce sujet, mais en plus la social-démocratisation du PCMLF est unilatéralement attribué à quelques voyous et pervers ayant saboté le parti.


Il va de soi qu'un matérialiste ne peut accepter une considération aussi simpliste. Mao Zedong nous a enseigné que :


« La dialectique matérialiste a combattu énergiquement la théorie métaphysique de la cause externe, de l'impulsion extérieure, propre au matérialisme mécaniste et à l'évolutionnisme vulgaire. »


« De deux armées aux prises, l'une est victorieuse, l'autre est défaite : cela est déterminé par des causes internes. La victoire est due soit à la puissance de l'armée, soit à la justesse de vue de son commandement ; la défaite tient soit à la faiblesse de l'armée, soit aux erreurs commises par son commandement ; c'est par l'intermédiaire des causes internes que les causes externes produisent leur effet. »


Chez Jurquet au contraire, tout ce qui est arrivé au PCMLF a joué contre lui. Les choses n'ont qu'un aspect: un aspect purement et simplement négatif.


Comme par exemple la clandestinité, suite à mai-juin 68. Un révolutionnaire qui se plaint de la répression ! On aura tout vu.


« Nous eûmes la surprise de constater que quatre autres formations étaient visées par les décrets de dissolution, dont la nôtre, le PCMLF. Nous étions interloqués parce que nous étions mieux placés que quiconque pour savoir que nous n'étions pas une organisation factieuse armée. » (A contre-courant, p.107)


Mais il est vrai que Jurquet était contre. Il ne le dit pas dans son autobiographie, mais il est l'auteur d'une lettre au gouvernement expliquant que le PCMLF ne visait pas à l'insurrection !


Voici un extrait de sa lettre de soumission à Alain Poher, président de la république intérimaire, qui date de mai 1969, une année après l'interdiction:


« À ce sujet je suis en mesure de mettre le gouvernement au défi de révéler que mon Parti ou quelque militant issu de ses rangs ont pu justifier l'intervention de la justice tant en ce qui concerne la sécurité intérieure que la sécurité extérieure de la France.


L'organe central du PCMLF n'a subi aucune saisie. Les nombreuses interpellations et perquisitions opérées à l'encontre des locaux et des militants du PCMLF le lendemain de son interdiction n'ont pas permis une seule inculpation de nature à être maintenue par décision du pouvoir judiciaire. »


Voilà donc un dirigeant révolutionnaire qui explique que son parti révolutionnaire ne mène pas d'action révolutionnaire. On comprend qu'il ait dû faire une autocritique après cette initiative, en février 1970, à propos de cette « déplorable lettre », « concession grave à une ligne opportuniste de droite ».


Ce qui n'empêchera pas Jurquet de conserver ses positions dirigeantes.


Mais revenons-en à la clandestinité forcée du PCMLF. Soulignons une dernière fois que cette clandestinité ne fut pas un choix:


« Il n'y eut aucun désaccord sur la question du passage à la clandestinité. Il nous était imposé, et nous ne le choisîmes pas du tout de notre plein gré. » (A contre-courant, p.112)


« La clandestinité ne favorise en rien l'unité d'une organisation quelle qu'elle soit. » (A contre-courant, p.134)


La clandestinité est-elle une mauvaise chose, à première vue, pour un révolutionnaire ?


Indubitablement oui. Elle ne facilite ni l'agitation, ni la propagande.


Mais une mauvaise chose ne peut-elle pas se transformer en une bonne chose ? Il va de soi que oui.


« Nous devons apprendre à examiner les problèmes sous tous leurs aspects, à voir non seulement la face mais aussi le revers des choses et des phénomènes.


Dans des conditions déterminées, quelque chose de mauvais peut produire de bons résultats. » (Mao Zedong).


Quelles seraient ces « bons résultats » ?


Le passage à la clandestinité a eu comme conséquence le départ d'éléments instables du parti, un gain d'expérience pour ses militants, et, dialectiquement, son renforcement potentiel.


Mais la tradition du « PCF », ce sont les membres encartés. On veut adhérer, il suffit de prendre sa carte et de payer sa cotisation. De vendre le journal au marché le dimanche matin et d'aller parfois aux réunions.


Encore aujourd'hui c'est la méthode d'organisation de la gauche du « PCF », de l'ex coordination communiste, etc.


Le Parti communiste n'est pas compris comme une organisation de combat. La clandestinité, c'est pour eux l'exception mythique: la Résistance.


Pourtant le passage à la clandestinité est à attendre pour tout parti révolutionnaire, il faut y être prêt, et, si possible, anticiper sur la contre-révolution et prendre ses responsabilités.


C'est ce qu'enseignent aussi bien la révolution russe que la révolution chinoise. Comme d'ailleurs n'importe quelle expérience révolutionnaire dans le monde.


Il n'est pas possible de jouer la carte du « nous sommes des vieux qui avons été dans la résistance » et de pleurer devant les matraques du ministère de l'intérieur de l'époque !


Comment Jurquet analyse-t-il l'échec du PCMLF ?


Une des autres raisons invoquée par Jurquet au sujet de la décadence du PCMLF est « l'entrée trop massive d'éléments petits-bourgeois après 1968 ».


Cela est sans doute vrai, mais cela change quoi ? A partir du moment où l'idéologie est prolétarienne, des gens que l'on accepte dans le Parti peuvent bien avoir une origine de classe petite-bourgeoise.


Etre maoïste, c'est considérer que tout se transforme, sauf les capitalistes et les fascistes. L'idéologie révolutionnaire peut et doit transformer les éléments d'origine petite-bourgeoise, les prolétariser.


Devant des éléments petits-bourgeois qui mettent une certaine bonne volonté à vouloir entrer dans un parti et à servir le peuple, on se doit de les débarrasser de leurs travers petits-bourgeois, dans leur intérêt propre, dans l'intérêt du parti, dans l'intérêt du peuple, dans l'intérêt de la révolution.


Rappelons qu'à l'époque du PCMLF, à l'UJCML (Union des Jeunesses Communistes Marxistes-Léninistes) puis à la GP (Gauche Prolétarienne), des étudiantEs de grandes écoles, issuEs de la petite-bourgeoisie, allaient s'établir à l'usine, appliquaient fermement une ligne de masse correcte, étaient parmi les masses « comme des poissons dans l'eau.»


Alors il n'y a pas « d'origine petite-bourgeoise » qui tienne. Ce qui compte c'est la nature de la ligne, pas l'origine lointaine des militants révolutionnaires professionnels.


La vérité c'est que Jurquet passant sous silence les erreurs, l'incompétence, l'incapacité de l'idéologie du PCMLF à transformer les personnes décidant de le rejoindre.


C'est une méthode dogmatique, qui ne vise pas à la transformation révolutionnaire mais au bureaucratisme dirigiste.


Juquet rejette également en bloc la faute sur ses camarades qui ont négocié avec les mitterrandiens en 1981.


Comme si ses camarades étaient à l'extérieur du PCMLF. Comme si leurs erreurs n'étaient pas les erreurs du PCMLF.


Comme si les négociations en question étaient la cause, et non un symptôme, de la social-démocratisation du PCMLF.


Comme si le PCMLF avait changé du jour au lendemain de grand parti révolutionnaire à une association philo-social-démocrate !


Comme si d'ailleurs ce n'était pas les dominants chinois qui avaient pris contact avec le Parti Socialiste et qui poussaient le PCMLF en ce sens.


Comme si leur attitude n'avait pas pour origine l'attitude du PCMLF.


Cela montre que Jurquet n'a rien compris des luttes pouvant exister au sein d'un Parti, qu'il ne vaut rien en politique.


Et on peut légitimement se demander comment le PCMLF expliquait la dégénérescence révisionniste et social-impérialiste du PCUS (Parti Communiste d'Union Soviétique) dès la mort de Staline et principalement après le XXe Congrès en 1956.


Si l'on applique la grille de lecture que donne Jurquet dans l'analyse de la social-démocratisation de son parti pour étudier le révisionnisme soviétique, on pourrait conclure que Staline était blanc comme neige, que tout est parti d'un complot trotskyste en accord avec la CIA (ce qui est d'ailleurs la thèse défendue par beaucoup des « marxistes-léninistes » liés d'une manière ou d'une autre au « PCF ») ou que des extra-terrestres auraient débarqué au Kremlin et imposé par la force une idéologie anticommuniste au service du grand démon américain.


Bref, même la critique matérialiste dialectique de l'URSS par le Parti Communiste de Chine n'est pas assimilée, donc pas appliquée à la situation concrète de feu le PCMLF.


Dans les faits, la social-démocratisation du PCMLF provient du PCMLF même, totalement révisionniste.


Il ne suffit certainement pas de dire comme Jurquet le fait dans un interview de novembre 2004:


« Éditions Prolétariennes - Que t'inspires, aujourd'hui, le PCMLF d'hier ?

Jacques Jurquet - Je pense que la situation de classe en France n'était pas mûre. Le Parti réviso pouvait illusionner encore beaucoup de camarades. »


Là encore, Jurquet s'obstine à nier les faits : ici, c'est la faute de la « situation de classe en France » ou du PCF révisionniste.


Aucune autocritique, une simple affirmation de prétendus « conditions objectives ».


Après mai-juin 1968 une telle affirmation est une malhonnêteté, visant à nier qu'en France la révolution est possible et nécessaire.


Si une situation n'était pas mûre à l'époque, c'était bien la situation subjective des révolutionnaires en France, qui ont été incapables de mener une politique cohérente au sein d'un parti communiste cohérent.


De même, le PCF était de fait perçu par de larges franges des masses ouvrières comme un parti de type social-fasciste en 1968, et en tout cas comme un parti réformiste, social-traître : en témoignent les chiffres électoraux du PCF, le turnover des adhérents du PCF, la désyndicalisation.


Tout cela suivait les retournements historiques du parti révisionniste, comme les trahisons du PCF et de la CGT en 1968, le programme uni de la gauche en 1972, l'officialisation du renoncement au communisme, etc. jusqu'au score de Robert Hue au premier tour des dernières élections présidentielles.


Si Jurquet avait raison, aujourd'hui le PCMLF serait un très grand parti ! Mais cela n'est pas le cas, car si le « Parti réviso » pouvait illusionner quelqu'un, c'est bien les gens comme Jurquet qui refusait de considérer que le « PCF » c'était le passé !


« Si on veut attraper des rats, mieux vaut ne pas être très regardant sur la couleur du chat. » Deng Xiao Ping.


La vérité c'est que Jurquet n'a rien compris à Mao Zedong. Dans ce même interview de novembre 2004, il dit:


« Les enseignements de Mao Zedong sont valables stratégiquement et tactiquement pour tous les peuples du Tiers-Monde. Mais on ne peut pas les appliquer de la même façon aux pays capitaliste développés. Il y a des enseignements universels, d'autres seulement pour le Tiers-Monde.

Exemple : révolution prolétarienne avec pour force principale les paysans pauvres et autres petits paysans. Cela ne peut être le cas en France. »


Jurquet nous parle de « révolution prolétarienne avec pour force principale les paysans pauvres et autres petits paysans », comme si c'était effectivement ce qui avait été mené en Chine par le PC de Chine.


Or une révolution prolétarienne est prolétarienne, pas paysanne. Ce dont parle Jurquet c'est de la révolution de nouvelle démocratie.


La révolution prolétarienne est la révolution dans un pays capitaliste, où la contradiction principale repose entre le prolétariat et la bourgeoisie.


La révolution de nouvelle démocratie, c'est la révolution dans un pays dominé par l'impérialisme et vivant ainsi une situation féodale dans les campagnes.


La révolution est alors démocratique, s'opposant aux grands propriétaires terriens des campagnes et aux capitalistes bureaucratiques vendus à l'impérialisme.


C'est une révolution agraire guidée par le Parti de la classe ouvrière. Mais ce n'est pas encore une révolution prolétarienne, car la révolution de nouvelle démocratie se transforme en révolution socialiste: c'est ce qu'on appelle la révolution ininterrompue.


C'est un apport majeur, aussi bien théorique que pratique, de Mao.


En assimilant révolution de nouvelle démocratie et révolution prolétarienne, Jurquet fait une erreur qui correspond à l'interprétation trotskyste des thèses de Mao.


Et s'il fait cette assimilation c'est pour justifier un tiers-mondisme et éviter qu'on ne demande à la Chine des comptes sur son « socialisme ».


De la même manière, Jurquet rejette Mao et l'histoire du socialisme en Chine. Il fait de Mao une icône, et considère que l'histoire s'arrête en 1976, à la mort de celui-ci. Pour lui les luttes de classe en Chine socialiste n'ont pas continué.


Pour lui la révolution culturelle n'existe pas, le marxisme-léninisme-maoïsme n'existe pas, ni les guerres populaires au Pérou et au Népal.


« Éditions Prolétariennes - Différentes organisations se revendiquant du maoïsme luttent les armes à la main, que ce soit au (Pérou, Népal), que peux-tu dire de ces luttes ?

Jacques Jurquet - Ce sont des pays du Tiers-Monde. Je soutiens par principe toutes ces luttes dont j'ignore les détails. » (interview de novembre 2004)


Pourquoi cela ? Parce que Jurquet n'y croit plus. Il a bradé l'idéologie. Pour lui, comme pour tous les marxistes-léninistes, tout viendra... spontanément:


« Éditions Prolétariennes - La situation de la classe ouvrière, des salariés plus généralement est catastrophique, tant dans son existence quotidienne que du point de vue de ses organisations (politiques et syndicales), comment vois-tu l'avenir politique ?

Jacques Jurquet - Ce sont seules les masses qui, un jour futur, imposeront des changements. De nouvelles structures organisationnelles syndicales et politiques naîtrons avec de nouveaux cadres militants issus de ces luttes. C'est la pratique qui décidera du succès. La théorie ne sortira qu'ensuite, de la pratique. » (interview de novembre 2004)


« Un jour futur », c'est loin, très loin de la révolution prolétarienne comme objectif stratégique.


Jurquet parle là dans une optique réformiste de gauche, il nous apprend les bases du spontanéisme économiste anti-léniniste : « La théorie ne sortira qu'ensuite, de la pratique.»


Il remet en cause les bases mêmes de l'organisation léniniste du parti révolutionnaire : c'est précisément parce que la théorie est là que les luttes pratiques peuvent aboutir dans une perspective révolutionnaire, et non suiviste, trade-unioniste, réformiste.


Jurquet, c'est l'absence de politique, le refus de la prise de décision ferme, fondée sur l'idéologie.


Comme par exemple concernant la Palestine:


« A plusieurs reprises, j'avais été sollicité par les courants les plus activistes comme le FPLP du Docteur Georges Habache ou le FDLP de Nayef Hawatmeh, qui désiraient que nous les soutenions. Mais j'avais toujours opposé à leurs démarches notre volonté de non-ingérence dans les affaires intérieures de leur peuple. Je m'en tenais strictement au soutien de leur position commune exprimée par le Conseil national du Fatah, dont le représentant reconnu n'était autre que Yasser Arafat. » (A contre-courant, p.151)


Comme par exemple dans le refus de mettre sur un même plan Khrouchtchev et ses représentants italien Togliatti et français Thorez:


« Éditions Prolétariennes - Le révisionnisme des Khrouchtchev/Thorez/Togliatti était-il un phénomène compris à la base et de quelle manière ?

Jacques Jurquet - Je ne confond pas le révisionnisme de Khrouchtchev avec ceux de Thorez et Togliatti. Voici dans l'ordre : le plus révisionniste et traître fut Khrouchtchev, puis Togliatti, le moins réviso fut Thorez. Il refusa la diffusion en France du rapport Khrouchtchev contre Staline pendant deux ans. » (interview de novembre 2004)


Dans le refus du PCMLF d'assumer une position internationale:


« Éditions Prolétariennes - Dans le monde, des groupes se détachaient des PC officiels, existaient-ils des contacts entre ces groupes et la volonté de reconstruire une nouvelle Internationale ?

Jacques Jurquet - Oui, contacts peu fréquents, à Tirana oui, jamais à Pékin ou exceptionnellement avec par exemple les Indonésiens.

Seuls les gauchistes -déjà les trotskistes puis les " maoïstes "- parlaient d'une nouvelle internationale. » (interview de novembre 2004)


Dans son refus de défendre fermement Staline:


« Pour ma part, en 1998, après avoir étudié de nombreux ouvrages relatifs à l'oeuvre de Staline, je ne me sens pas encore en mesure de qualifier comme positif ou négatif le résultat de son bilan, mais je m'élève contre les assertions mensongères et partisanes qui ne reposent sur aucune base sérieuse et n'ont d'autre raison qu'un anticommunisme intégriste. » (A contre-courant p.243)


« Je sais que des purges et des exécutions capitales ont frappé des innocents, je sais aussi qu'une campagne baptisée anti-cosmopolite après 1946 a favorisé un grave déchaînement antisémite en URSS. » (A contre-courant p.244)


Ce refus de prendre position, on le retrouve chez les zélateurs de Jurquet. Etudions cette question.


Les zélateurs de Jurquet.


Les Éditions Prolétariennes sont une association fondée en 1996, tournant principalement autour de leur site internet, et qui s'évertuent depuis à gommer la différence entre marxisme-léninisme et marxisme-léninisme-maoïsme, comme elles le disent elles-mêmes:


« Nous rappelons qu'à la mesure de nos moyens et notamment de notre site internet, nous essayons en tant qu'Editions Prolétariennes, de faire connaître la lutte du Parti Communiste du Pérou et de briser le mur de désinformations, de silence fait autour de la répression dont sont victimes les communistes révolutionnaires péruviens et le président Gonzalo.


Les Editions Prolétariennes poursuivent leur combat pour l'unification des communistes M-L, des maoïstes car ce qui nuit aujourd'hui, notamment dans cette action internationaliste, reste l'éparpillement de toutes les forces communistes se revendiquant du marxisme-léninisme, du maoïsme. » (Déclaration des Editions Prolétariennes à la conférence internationale du 27 septembre 2003 pour la défense de la vie du Président Gonzalo)


Tout est dans la virgule entre marxisme-léninisme et maoïsme. Ce n'est sans doute pas pour rien qu'un membre des Éditions Prolétariennes va sur les forums internet trotskystes pour expliquer que ce qu'on appelle les « maoïstes », ce sont en fait les marxistes-léninistes !


Ni que les mots mis en exergues sont « Ni révisionnisme ni gauchisme, une seule voie: le marxisme-léninisme !  » car pour les Éditions Prolétariennes, l'ennemi est à gauche....


Les Éditions Prolétariennes ont essayé de s'allier à diverses formations « marxistes-léninistes », principalement anti maoïstes, sans succès.


Alors, comme les Éditions Prolétariennes sont le dernier défenseur des révisionnistes dans le combat les opposant aux maoïstes, elles ont ressorti les vieilles lunes. Ce sont les Éditions Prolétariennes qui font de Jurquet une figure utilisable par les révisionnistes.


Les Éditions Prolétariennes mettent ainsi en ligne... les sommaires des revues du PCMLF et du PCRML, sa scission.


Le but des Éditions Prolétariennes est de fournir un « passé » glorieux, une histoire au courant révisionniste moderne.


On comprend mieux avec tout cela que les Éditions Prolétariennes aient refusé qu'on leur donne tous les textes en ligne de l'UJCML, de la Gauche Prolétarienne et également ceux de la fondation du PCMLF et tous ses tracts de 1968.


Les Éditions Prolétariennes ne font pas de l'histoire pour faire de l'histoire, les Éditions Prolétariennes n'archivent pas pour présenter une documentation. Ce qu'elles veulent, c'est avoir un bagage pour se vendre de manière opportuniste.


Sinon les Éditions Prolétariennes auraient accepté de faire un site avec les documents de tous les « ML », dans la perspective de l'unité dont elles parlent tant !


Voilà la politique de l'opportunisme qui parle d'unité mais la refuse dès qu'il y a quelque chose de concret, pour des raisons idéologiques révisionnistes.


Jurquet leur rend naturellement bien, dans l'interview accordé en novembre 2004 aux Éditions Prolétariennes il dit :


« Éditions Prolétariennes - Aujourd'hui, plusieurs groupes se revendiquent du marxisme-léninisme, te sens-tu politiquement proche de l'un de ces groupes ? Pourquoi ?

Jacques Jurquet - Evidemment je suis plus que proche avec les Editions Prolétariennes, dont les responsables ont bien compris l'histoire du PCMLF, mais je n'ai que peu de confiance dans tous ces petits groupes bavards et souvent sectaires. Où participent-ils aux luttes de classes ? dans quelles entreprises ?

Éditions Prolétariennes - Un de ces groupes pourrait-il figurer le PCMLF de demain ou du moins le Parti dont a besoin la classe ouvrière ?

Jacques Jurquet - Je ne crois pas que ce soit mûr pour le moment. Mais à terme les Editions Prolétariennes me paraissent les plus aptes pour l'avenir. »


Les Éditions Prolétariennes représentent la dernière fraction des gens prétendant défendre Mao Zedong, mais le rejetant en fait. Elles se sont démasquées en prenant Jurquet comme drapeau.


Jurquet le révisionniste: la falsification de ses propres documents.


Suite à mai 1968 Jacques Jurquet publiait un document intitulé « Printemps révolutionnaire de 1968 ».


Il fut réédité avec d'autres textes de lui en 1976 sous le titre de « Arracher la classe ouvrière au révisionnisme. »


Et là, tout naturellement, les passages faisant référence de manière positive universelle à la Révolution Culturelle ou à la pensée de Mao Zedong ont été censuré.


Le passage « La Chine bénéficie d'un régime socialiste protégé par la dictature du prolétariat et par la pensée invincible de son guide et libérateur, le président Mao Tsé-toung » se voit ainsi enlever « et par la pensée invincible de son guide et libérateur, le président Mao Tsé-toung. »


Jurquet parle de la révolution culturelle et de son influence, mais souligne à chaque fois que c'est un cas à part, qui n'est pas transposable, et surtout qui doit être dépassé, même en Chine.


Ainsi dans le passage:


« Qu'ainsi la pensée de Mao Tse-toung, rendue encore plus puissante par la grande révolution culturelle prolétarienne chinoise, se soit concrètement exprimée en France, à quelques quinze mille kilomètres de la République populaire de Chine, ne doit pas manquer de témoigner de son invincibilité, de sa portée universelle, de sa valeur historique. »


Jurquet a par la suite enlevé « de son invincibilité », car il soutient en Chine les partisans du capitalisme qui veulent ranger la révolution culturelle dans les oubliettes de l'histoire.


Alors que pour les maoïstes la révolution culturelle est un apport énorme à la compréhension du communisme.


Dans ce même raisonnement révisionniste, Jurquet fait du passage:


« Pour ceux qui connaissent, soit par la lecture d'articles et de reportages, soit par l'expérience vécue lors de voyages en Chine, le déroulement et les péripéties de la grande révolution culturelle prolétarienne, apparaît sans hésitation un lien entre la grande tempête révolutionnaire estudiantine en France et l'exemple chinois »


le passage suivant:


« Pour ceux qui connaissent, soit par la lecture d'articles et de reportages, soit par l'expérience vécue lors de voyages en Chine, le déroulement et les péripéties de la grande révolution culturelle prolétarienne, apparaît une similitude certaine entre la grande tempête révolutionnaire estudiantine en France et l'exemple chinois. »


Le passage:


« Un fait est assuré cependant: la volonté révolutionnaire des masses étudiantes françaises trouve sa source dans l'exemple chinois »


devient:


« Un fait est assuré cependant: la volonté révolutionnaire des masses étudiantes françaises s'est apparenté à l'exemple chinois. »


Ou encore, « Cet homme, c'est le militant communiste de l'époque de la pensée de Mao Tsé-toung !  » devient: « Cet homme, c'est le militant communiste !  »


Des passages entiers sont censurés, comme celui-ci:


« Ainsi notre peuple, notre pays sont-ils entrés dans « l'ère de la pensée triomphante de Mao Tsé-toung. » Un homme nouveau est en train de naître, un homme véritablement communiste, parce que l'influence de la grande révolution culturelle prolétarienne chinoise a débordé les frontières géographiques de la Chine et se répand de façon bénéfique dans le monde entier.


La révolutionnarisation de l'homme substituera l'altruisme, le dévouement au bien public, à l'égoïsme, le sens de l'intérêt collectif à l'individualisme, elle préparera cette société supérieure qui n'a rien à voir avec les stimulants matériels, mais tout ce qu'il y a de meilleur dans chaque individu, le Communisme.


Mais pour aider concrètement à la marche en avant du peuple français vers ces sommets révolutionnaires, où flottent les drapeaux rouges de la révolution politique, de la révolution économique et de la révolution culturelle, il est indispensable qu'il dispose d'un Parti communiste authentique, qui fonde son action révolutionnaire et prolétarienne sur les principes du marxisme-léninisme et la pensée de Mao Tsé-toung. »


On est loin de Deng Xiao Ping et de son apologie des stimulants matériels, et de ses chats qui peuvent être noirs ou blancs du moment qu'ils attrapent des souris !


Le pire est que dans la première version, Jurquet allait jusqu'à se la jouer maoïste en disant:


« La révolution culturelle est et sera de plus en plus urgente et indispensable dans les pays capitalistes bénéficiant d'économies sur-développées, spécialement lorsque aura été conquis le pouvoir par le renversement de la bourgeoisie. »


Ce qui devient après la censure:


« La révolution culturelle est et sera de plus en plus urgente et indispensable dans les pays anciennement capitalistes bénéficiant d'économies sur-développées lorsque aura été conquis le pouvoir par le renversement de la bourgeoisie. »


Ainsi, dans la nouvelle version du texte de Jurquet, la pensée Mao Zedong est défendue comme un événement notable mais n'est pas considérée comme un saut qualitatif.


Par contre, naturellement, des passages ont été rajouté, naturellement dirigés contre les « gauchistes », comme par exemple des phrases du type: « en dépit de certains excès gauchistes de caractère dogmatique. »


Tout cela montre bien le sens de la démarche de Jurquet.


Démasquons les révisionnistes dans la pratique !


L'ensemble de l'extrême-gauche qui refuse l'internationalisme prolétarien va voter non à la constitution européenne.


Comme les trotskystes partisans de la république, ou les sociaux-chauvins soi-disant « communistes » qui n'ont qu'une idée fixe: la nation.


Tous les révisionnistes s'activent autour de de « non » au référendum.


Nous avons vu que Jurquet était le cheval de Troie des révisionnistes. Un Jacques Jurquet qui, comme tous les autres, considère qu'il peut se faire passer pour un communiste de France et dire :


« Mon hostilité fondamentale visait en premier lieu les Etats-Unis. » (A contre-courant, p.176)


La vérité, c'est que notre ennemi est dans notre propre pays. Notre ennemi, c'est notre bourgeoisie !


Il faut donc combattre le révisionnisme en théorie en démasquant les idées erronées pour pouvoir avancer, et en pratique en prônant le boycott d'un référendum sur la constitution européenne.

Pourquoi ? Car tous les sociaux-chauvins font en faire le point de départ de campagnes brutalement nationalistes.


Ce référendum n'est de toute façon qu'une face, puisque les dominants feront en sorte que l'unification européenne passe dans tous les cas. C'est pourquoi notre position est la suivante:


Contre les illusions démocratiques bourgeoises sur une possible victoire du « non » qui ait un sens, contre le discours social-chauvin qui va s'orchestrer dans la campagne sur le référendum.


Contre la nation et le patriarcat, contre l'Europe qui n'est qu'un concept géographique utilisé par les impérialistes pour des manoeuvres racistes et guerrières.


Pour l'internationalisme prolétarien et parce que ce sont les masses qui font l'histoire: contre l'Etat, pour les comités populaires, pour le boycott du référendum !


Pour le PCMLM, janvier 2005.